Sémio-check : une petite fille et son chien, victimes d’un ouragan ?
Sémio-check : une petite fille et son chien, victimes d’un ouragan ?

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https://x.com/O_Rob1nson/status/1841433705186804145
DÉZOOMAGE PROGRESSIF
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1°- LE CONTEXTE DE L’IMAGE
Qui, où, quand ?
- Qui : Compte X d’une personne se nommant Juanita Broaddrick et se présentant comme autrice, infirmière retraitée (retired Registered Nurse) et comme titulaire d’une d’affaire (business owner), située dans l’Arkansas. La photo de bannière de son compte la montre posant lors d'une réunion aux côtés de Donald Trump, ce qui affiche clairement son orientation politique. Elle a 2 millions d’abonnés, ce qui indique qu’elle possède un pouvoir d’influenceuse.
- Quand : 1er octobre 2024. La publication date des inondations par le premier des deux ouragans de cette période.
- Origine géographique de publication : États-Unis, Arkansas
Contexte historique, social et culturel de l’image
Cette image a été publiée dans le contexte des ouragans Milton et Helene, qui ont violemment frappé la côte Atlantique Nord des États-Unis à l’automne 2024, en pleine campagne présidentielle. Ce sont les ouragans les plus meurtriers depuis Katrina (Nouvelle-Orléans) en 2005. Au moment de la publication, le président en exercice est le démocrate Joe Biden, tandis que la vice-présidente Kamala Harris et le républicain Donald Trump s’affrontent pour lui succéder à la Maison Blanche. Dans ce contexte de forte polarisation politique entre démocrates et républicains, chaque événement devient un prétexte pour discréditer l’adversaire.
2°- QUE NOUS DONNE-T-ON À VOIR ?
Format
Image prise avec un smartphone
Description
L’image montre une petite fille blanche d’environ cinq ans, installée sur une embarcation qui flotte sur une eau boueuse sous la pluie. Elle porte un large gilet de sauvetage rouge et serre contre elle un chiot aux poils mouillés. En pleurs, elle fixe l’objectif, visiblement effrayée. Capturée en plan rapproché, de face, avec une légère plongée, l’image est éclairée par une lumière naturelle sous un ciel gris, renforçant l’impression de détresse. Le message qui accompagne l’image lance un appel à l’aide pour les victimes de l’ouragan et invite les internautes à proposer leur soutien. Il se poursuit par un message politique accusant le président Biden et la vice-présidente Harris d’avoir “abandonné” les sinistrés.
Fact checking journalistique
Cette image fixe est générée par intelligence artificielle. Les contours des éléments qui la composent se caractérisent par une netteté et un lissage prononcés, propres aux images générées par l’IA. L’image est dépourvue de toute aspérité ou granularité. Par ailleurs, les doigts de la petite fille montrent des anomalies, certains tendent à se fondre dans le gilet de sauvetage.
Il est également possible d’affirmer qu’elle a été générée par une IA, dans la mesure où elle s’inscrit dans une série d’images similaires produites par IA et circulant sur les réseaux sociaux.

3°- INTERPRETER L’IMAGE AU PRISME DE LA DESINFORMATION
Discréditer des adversaires politiques par l’émotion
Cette image, à visée émotionnelle, cherche par le discours qui l’accompagne à jeter le discrédit sur Joe Biden et Kamala Harris. L’image générée par l’IA est accompagnée d’une légende explicite qui en précise le sens : « Nous devons aider ces victimes. Merci de publier toute information sur les lieux d’assistance, les fournitures nécessaires, etc. La camarade Kamala et Joe l’endormi les ont abandonnés ». Le pronom personnel « nous » cherche à inclure directement le public, le rendant ainsi concerné, tandis que l’impératif souligne l’urgence vitale de la situation.
En suscitant l’émotion et l’empathie, l’image a pour but de discréditer le président démocrate Joe Biden et la vice-présidente Kamala Harris. La légende ne se contente pas de dénoncer leur prétendue inaction, qui serait ici remplacée par la mobilisation citoyenne - merci de publier toute information sur les lieux d’assistance, les fournitures nécessaires, etc. -, mais aussi de les accuser d’incompétence, voire de désintérêt vis-à-vis de ce que vivent les citoyens américains de Floride.
Le terme “abandonnés” renforce l’idée d’une désertion du pouvoir politique en place. Leurs compétences sont donc directement remises en cause. D’un côté, l’emploi du mot “camarade" associe, de façon péjorative, Kamala Harris au communisme (elle est souvent représentée par des parodies où elle porte l’uniforme de l’armée rouge, et Donald Trump déformait son prénom en la nommant Comala Harris, mot-valise commençant par comm- à la façon du mot communiste), et de l’autre, l’appellation de Biden « l’endormi » fait écho à son âge avancé (83 ans), suggérant un manque de dynamisme, et qui est une expression utilisée régulièrement par Trump durant sa campagne électorale. Cette personne reprend donc la terminologie du candidat Trump.
Construction d’une allégorie
Les images ont une temporalité propre et leur signification peut évoluer au fur et à mesure de leur circulation, en particulier sur les réseaux socio-numériques, où elles sont largement partagées, relayées et reprises sur diverses plateformes (Instagram, TikTok, Facebook, X…) ainsi que dans les groupes de messagerie instantanée (WhatsApp, Telegram). Le contexte de diffusion (lieu de publication, légende, auteur) joue un rôle clé dans la construction du sens, et la circulation de l’image peut modifier ce contexte, entraînant ainsi un changement, voire une transformation, de sa signification et de son statut.
Les modalités de désinformation peuvent ainsi s’en trouver modifiées. L’image a évolué, passant d’une image de propagande à une image allégorique. Publiée à l’origine par un compte Instagram pro-Trump, elle visait à promouvoir une propagande antidémocrate, en exploitant les catastrophes climatiques pour souligner l’incompétence du pouvoir en place, qu’on associait à une idéologie supposée communiste. Ensuite, l’image a largement circulé sur les réseaux sociaux, au-delà du cercle des opposants aux démocrates, et a même été reprise par la presse. La légende a alors été supprimée, et plusieurs versions alternatives ont été créées, dont certaines en noir et blanc.
Ainsi, l’image a vu sa fonction modifiée, passant d’un outil de propagande pro-Trump à une allégorie des désastres climatiques qui frappent les États-Unis et au-delà. Une allégorie, en effet, consiste à représenter une idée abstraite ou une notion morale à travers un récit ou une image, avec des éléments qui correspondent souvent de manière explicite à l’idée qu'ils symbolisent. Ironiquement, cette image a été utilisée successivement par deux bords politiques. Initialement, elle servait d’image pro-conservatrice, dans un espace où les positionnements climato-sceptiques sont encore nombreux. Puis, elle est devenue le témoin des désastres climatiques et de leurs effets sur les populations humaines.
Intericonicité
La figure de « l’enfant martyr » est répandue pour médiatiser, notamment dans les médias généralistes, les crises sociales et politiques (migration, conflits armés, environnement) comme les exemples visuels ci-dessous. Certaines images ont tant circulé qu’elles sont devenues des icônes de la situation des autres enfants touchés par des drames.
- Le petit Aylan

- Les enfants d’Assad

Pour aller plus loin :
- La représentation des enfants dans les médias en contexte de crise (climatique, de guerre…).
- La représentation des catastrophes climatiques dans les médias et sur les réseaux sociaux
Sémio-checks similaires à consulter : Donald Trump au secours des chatons et des canards ; Des supers héros au secours de la contestation populaire en Turquie

