Didier Raoult : homosexualité, théorie du genre, alcool… Ces inepties qui jalonnent le nouveau livre du microbiologiste
Publié le jeudi 26 mars 2026 à 11:11
Didier Raoult, ici en 2020, a sorti un nouveau livre ce mercredi 18 mars.
(ISA HARSIN/SIPA)
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Jessy Gourdon
Dans son nouveau livre « Société du factice, journal d’un complotiste », le professeur Didier Raoult enchaîne les affirmations erronées, parfois douteuses. Celles-ci s’appuyant sur des corrélations
On a beau avoir été un scientifique de renom. Avoir été à la tête du plus grand centre dédié aux maladies infectieuses en France, l’IHU Méditerranée Infection de Marseille. Cela n’empêche pas d’écrire des absurdités. Et ce n’est pas Didier Raoult qui vous dira le contraire.
Lien entre taille des doigts et orientation sexuelle, réflexions sexistes sur une « infériorité » des femmes, remise en cause de la dangerosité de l’alcool… Tout y passe dans le nouvel ouvrage du professeur marseillais, Société du factice, journal d’un complotiste. Petit florilège.
Taille des doigts et homosexualité
Dès les premières pages de son livre, Didier Raoult s’attaque à « la théorie du genre », en opposant ce qui est « inné » et « acquis » chez les hommes et les femmes. Une longue - très longue - démonstration qui va déboucher sur « la comparaison de la taille des doigts », aussi appelée Indice de Manning. Avant de glisser sur le lien entre cette « longueur de doigts » et l’homosexualité, lorsqu’il relaie deux études britanniques publiées au début des années 2000.
Il relaie ainsi une théorie qui repose sur une corrélation, autrement dit une association de données, et non une causalité. « Ces corrélations ont été répétées plusieurs fois, et démontées plusieurs fois. On n’a jamais réussi à démontrer de lien exact », note Mathias Chaillot, journaliste et auteur de 4 % en théorie…, livre qui revient sur les théories autour de l’origine de l’homosexualité. Il ajoute : « certaines études ont même trouvé exactement l’inverse de ce qui est dit dans cette théorie ».
Compétition d’échecs pour les femmes
Dans son attaque sur la « théorie du genre », Didier Raoult fait un détour par la « réussite sportive » des femmes. Réussite qui existe « à condition qu’elles soient séparées des hommes », écrit-il, prenant l’exemple des échecs. « Pour que des femmes puissent devenir de grands maîtres d’échecs […] on a créé des compétitions qui leur sont réservées […] puisqu’elles peinent à être classées dès lors qu’elles jouent en même temps » que les hommes. Actuellement, aucune femme n’est présente dans le top 100 mondial du classement mixte. Il faut aller à la 169e place pour retrouver une femme : la chinoise Hou Yifan, numéro une mondiale.
Il est vrai qu’aux échecs, en France en tout cas, deux classements existent : l’un mixte - ouvert aux hommes et aux femmes - et un autre uniquement féminin. Un classement qui permet « de valoriser les performances des joueuses », soulignait Jocelyne Wolfangel, directrice du secteur féminin au sein de la Fédération Française d’Echecs (FFE), au journal Ouest-France en 2019. Mais aussi pour permettre aux femmes de jouer dans une ambiance « conviviale » et les encourager à rejoindre le circuit.
Car oui, les femmes sont beaucoup moins nombreuses à jouer aux échecs. A la Fédération Française des Echecs (FFE), au 10 mars 2026, à peine 20 % des licenciés sont des femmes - 15.899 sur 83.459 licenciés au total.
L’alcool et la santé
Autre sujet abordé par Didier Raoult dans son livre : « la lutte contre l’alcool » chez « certains spécialistes de santé publique ». Ces derniers soutiendraient « que, dès la première goutte, l’alcool est toxique ». Un « mensonge » que Didier Raoult dit avoir « démonté » en s’appuyant sur un graphique montrant « l’impact de l’alcool sur la durée de vie ». Ce graphique - retiré depuis - « démontrait que les gens qui avaient la durée de vie la plus importante étaient ceux qui buvaient un à deux verres d’alcool ou de vin par jour. Pas ceux qui en buvaient zéro ».
Cette idée selon laquelle les personnes consommant « un à deux verres d’alcool ou de vin par jour » auraient une plus grande durée de vie est biaisée. « Beaucoup de personnes ne boivent pas ou ont cessé de boire parce qu’elles sont malades et en mauvaise santé. D’où une association mais non causale avec une altération de leur espérance de vie », indique Jean-Michel Delile, addictologue et président de Fédération Addiction.
Ce dernier, tout comme sa collègue Juliette Hazart, précise qu’il existe « des repères de consommation de moindres risques, mais pas sans risques ». Nous renvoyant ainsi vers les préconisations de Santé publique France : « l’alcool, c’est maximum deux verres par jour et pas tous les jours ».
Le microbiologue le « plus compétitif »
A plusieurs reprises, le professeur marseillais fait parler son ego en rappelant qu’il a été « classé comme le premier microbiologiste d’Europe, puis du monde ». « Que ce soit en nombre ou en qualité de publications, de citations ou de participations à la rédaction des journaux, personne n’était plus compétitif que moi », écrit-il plus loin.
Un statut qui, il faut le préciser, repose sur « l’indice H », soit la quantité de travail produit et cité. Et comme on l’écrivait en juin 2025, dans un article Fake Off, « la quantité ne fait pas la qualité ».
