Droits de douane américains : 39 %, allô les maths ? L’étrange calcul de Trump sur les droits de douane de l’UE
Publié le lundi 7 avril 2025 à 15:47
Donald Trump a présenté un tableau mercredi avec les différentes droits de douane qu'il entend appliquer aux autres pays, une mesure qu'il a surnommée « journée de la libération ».
(Andrew Leyden/ZUMA/SIPA)
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Mathilde Cousin
Pour justifier l’augmentation des droits de douane sur les produits européens, Donald Trump a affirmé que l’UE frappait les importations de biens américains à hauteur de 39 %, un chiffre fantaisiste basé sur un étrange calcul
Mais d’où viennent les 39 % de droits de douane que l’Union européenne imposerait aux Etats-Unis ? Le chiffre, annoncé par Donald Trump lors de « sa journée de la libération » mercredi, a surpris tous les économistes. Le président américain l’a mis en avant pour justifier les droits de douane de 20 % qu’il impose dorénavant à tous les biens en provenance des 27 pays de l’UE - à l’exception des biens provenant de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Réunion, pourtant bien membres de l’UE, taxés à hauteur de 10 % pour les deux premières îles et 37 % pour la dernière. L’UE n’est d’ailleurs pas le seul espace à voir grimper ses barrières commerciales avec les Etats-Unis : les échanges avec la Chine se voient frapper de droits de douane de 34 %, pour le Japon c’est 24 %, et pour le Royaume-Uni 10 %.
FAKE OFF
Ces 39 % annoncés par la Maison-Blanche ne correspondent à la réalité des droits de douane imposés par l’UE. Ceux-ci sont en moyenne de 5 % pour les produits américains, indique la Commission européenne à 20 Minutes, même si cette moyenne est à nuancer. En effet, il existe différents taux entre les produits, certains n’étant d’ailleurs pas du tout frappés de ces fameux droits de douane.
Pour avoir une vision plus juste, il faut regarder ces différents taux et le volume de chacun de ces produits. « Il existe 6.600 produits dans la nomenclature internationale », rappelle à 20 Minutes Antoine Bouët, directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII). L’économiste souligne qu'« en général, ce sont les produits agricoles qui sont les plus taxés ».
Quant à la façon dont Washington est arrivé à ce taux de 39 %, on en sait en peu plus depuis que le bureau du représentant des Etats-Unis, qui travaille pour le président, a publié une formule mathématique sur son site. Elle revient à dire qu’ils ont divisé le déficit commercial des Etats-Unis avec chaque pays ou zone - comme l’UE donc - par les exportations de cette zone aux Etats-Unis. De cette manière, on obtient bien 39 % pour l’UE (on prend le déficit commercial de 235.6 milliards de dollars et le montant des exportations, 605.8 milliards, d’après les chiffres de ce même bureau pour 2024). Un calcul « qui n’a aucun sens », réagit Antoine Bouët.

C'est le moment de ressortir vos manuels de SES ou de maths. Voici la formule publiée par la Maison Blanche mercredi. (Capture d'écran du site du bureau du représentant des Etats-Unis)
Malgré la publication de cette formule, Washington affirme qu’ils ont a pris d’autres paramètres en compte pour calculer les droits de douane qu’appliqueraient les autres pays aux produits américains. Kush Desai, un des porte-parole de la Maison-Blanche, explique ainsi sur X qu’ils ont « calculé les barrières tarifaires et non tarifaires ». Or, les barrières non tarifaires n’entrent traditionnellement pas dans le calcul des droits de douane.
Du côté de l’UE, la réaction à ces annonces américaines est plutôt prudente mais ferme. Sophie Primas, la porte-parole du gouvernement français, a avancé que les 27 pays de l’Union envisagent « d’attaquer les services numériques » américains. De son côté, Maros Sefcovic, le négociateur en chef de l’UE, va rencontrer dès vendredi ses homologues américains. S’il espère un débouché favorable à ces pourparlers, il ajoute que « nous ne resterons pas inactifs si nous ne parvenons pas à conclure un accord équitable ».
