Et si on se débarrassait du filtre sur la cigarette ? Une aubaine pour l’environnement, sans impact sur la santé
Publié le mardi 27 mai 2025 à 09:09
« Il est temps d’interdire les filtres de cigarette », affirme la Fondation Surfrider à l’occasion du Mégothon, un « méga ramassage de mégots » organisé ce mercredi 21 mai. Deux arguments dans leur balance : les mégots polluent énormément, notamment l’eau, et ils ne protègent pas la santé des fumeurs..
(ADIL BENAYACHE/SIPA)
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Maïwenn Furic
Comme l’a affirmé la Fondation Surfrider, le filtre d’une cigarette ne protège pas la santé du fumeur, loin de là, mais il pollue grandement l’environnement
Et si finalement les anciens qui fumaient des cigarettes sans filtres avaient raison ? La Fondation Surfrider appelle à la suppression de ces filtres, et affirme qu’ils ne sont pas réellement utiles.
« Il est temps d’interdire les filtres de cigarette. Présentés à tort comme des dispositifs de protection, ces filtres sont en réalité un fléau environnemental majeur et n’apportent aucun bénéfice sanitaire. Le filtre ne protège pas, il n’élimine pas le risque pour les fumeurs », écrit l’ONG dans un communiqué, ce mercredi 21 mai.
FAKE OFF
« Les filtres ont surtout un intérêt économique et marketing pour les fabricants car ils rendent le goût plus doux en réduisant l’âcreté de la fumée du tabac », a ajouté la Fondation Surfrider.
C’est dans les années 1950 que les filtres sont apparus, en réponse aux rapports scientifiques qui alertaient sur les dangers du tabagisme, le cancer des poumons… Les cigarettes équipées de ce petit filtre étaient donc présentées comme plus sûres par l’industrie du tabac - et évitaient également de se retrouver avec du tabac entre les dents.
Un petit morceau d’une matière plastique modifiée chimiquement, et traitée avec un peu plus de produits toxiques, et on n’y voit que du feu. Un coup de marketing effectivement réussi, comme l’affirme la Fondation Surfrider, puisqu’il n’y a pas d’argument scientifique prouvant un effet bénéfique sur la santé.
« L’utilisation des filtres pour la consommation de tabac ne s’accompagne pas d’une réduction des risques pour le fumeur », écrit le Comité national contre le tabagisme (CNCT). Un positionnement partagé à l’international puisque le Conseil Supérieur de la Santé belge en est arrivé à la même conclusion, tout comme l’Organisation mondiale de la Santé.
Des produits dangereux pour filtrer d’autres produits dangereux
Il y a dix ans, Virginie Guérin, présidente de l’association World CleanUp Day, alertait déjà : « Le mégot contient 2.500 substances toxiques dont une cinquantaine est réellement problématique et cancérigène. »
De fait, ils sont fabriqués à partir de la modification chimique de la cellulose, et contiennent également du dioxyde de titane, une substance toxique, et de la triacétine, un plastifiant irritant. Le tout collé avec une émulsion d’acétate de polyvinyle, donc encore un peu plus de substances chimiques dans ce petit mégot.
Une étude de 2011 publiée dans l’International Journal of Cancer, suggère que si la baisse des taux de cancers épidermoïdes peut être attribuée aux filtres des cigarettes, l’augmentation des taux d’un autre type de cancer, l’adénocarcinome, peut, à l’inverse, leur être attribuée.
Au-delà du côté rassurant du filtre, il allège le goût de la cigarette. Le filtre réduit le caractère acre de la fumée de tabac, et la rend donc plus appréciable, notamment auprès des plus jeunes. De quoi tromper le fumeur, qui aura tendance « à prendre des bouffées plus volumineuses et plus prolongées, ce qui leur permet de satisfaire leur besoin en nicotine », constate le CNCT.
Un impact environnemental majeur
Comme le dénonce la Fondation Surfrider, à l’occasion du mégothon, un « méga ramassage de mégots », l’impact sur l’environnement de ces mégots de cigarettes, jetés n’importe où, et qui finissent bien souvent dans l’eau, est désastreux. « La nicotine contenue dans un mégot se libère en seulement 24 heures et peut contaminer, à elle seule, jusqu’à 1.000 litres d’eau », avancent-ils.
Et d’ajouter : « Chaque filtre peut contenir entre 12.000 et 15.000 microfibres plastiques, qui finissent dans les sols ou les milieux aquatiques. Chaque année, environ 4.500 milliards de mégots sont jetés dans la nature à l’échelle mondiale. » Des chiffres confirmés par l’OMS et le gouvernement. Une proposition de loi avait d’ailleurs été faite, en 2019, afin d’interdire la commercialisation de toute cigarette dotée d’un filtre non compostable. Elle n’avait pas abouti.
