La démission de Macron possible grâce à un référendum, comme en 1969 ? Pourquoi c’est improbable
Publié le jeudi 13 novembre 2025 à 11:15
Emmanuel Macron lors d'une visite au Brésil, le 5 novembre 2025.
(Raphael Muller/AP/SIPA)
- Auteur(s)
Emilie Petit
Sur les réseaux, de nombreux internautes appellent à un référendum pour forcer Macron à la démission, en prenant comme référence celui de 1969 ayant entraîné la démission du Général de Gaulle de la présidence de la France
« Les Français doivent décider si Macron doit rester ou partir ». Des milliers d’internautes repartagent, depuis plusieurs semaines sur X, une image dans laquelle ils appellent à la démission du président français, Emmanuel Macron, et exigent la tenue d’un « référendum national comme l’a fait le Général de Gaulle en 1968 ».
Une référence explicite au référendum lancé en avril 1969 par le Général de Gaulle, qui démissionna quelques jours plus tard. Mais les termes utilisés ici laissent entendre que ce vote national citoyen, instrument de la chute de Charles de Gaulle, aurait porté sur son départ. Et qu’il serait possible, aujourd’hui, grâce à un référendum, de forcer Emmanuel Macron à suivre les pas de son prédécesseur. Vraiment ?
FAKE OFF
A la suite des violentes manifestations de Mai-68, le Général de Gaulle, alors à la tête du pays, propose effectivement la tenue d’un référendum. Mais ce dernier porte, non pas sur son départ de l’Elysée, mais sur un projet de loi relatif à la création de régions et à la rénovation du Sénat. Annoncé une première fois le 24 mai 1968, il est reporté plusieurs fois en raison d’élections législatives anticipées et des troubles qui persistent dans l’Hexagone.
« C’est, pour lui, une sorte de réponse aux contestations qui ont eu lieu au mois de mai de cette année-là. Car le Général de Gaulle était un fervent défenseur de la démocratie directe. Il a utilisé cinq fois le référendum entre 1958 et 1969, pour des raisons très différentes », raconte Eric Chiaradia, historien et auteur de la thèse, L’entourage du Général de Gaulle, juin 1968 - avril 1969.
Mais contrairement à l’idée parfois avancée d’un suicide politique, l’historien assure qu’il n’en était rien : « En tenant ce référendum, il cherchait un “oui” massif, même si, dans son entourage, on l’avait prévenu que ça n’arriverait sans doute pas. De Gaulle souhaitait vraiment mener jusqu’au bout cette réforme. »
La démission, une réponse démocratique
Le pays est alors frappé par une crise sociale sans précédent, et de Gaulle décide, pour calmer les ardeurs des plus virulents, d’utiliser cet « outil » constitutionnel qu’est le peuple. « Pour de Gaulle, la présidentialisation du régime est liée à ce qu’il pense de la démocratie directe. Pour lui, c’est assez simple : le président de la Ve République réforme la société et ceux qui l’aident sont son entourage, des civils et des militaires, qu’il voit comme des conseillers », explique Eric Chiaradia.
Le 25 avril 1969, deux jours avant la tenue du référendum, le Général de Gaulle déclare, dans une allocution radiotélévisée : « Si je suis désavoué par une majorité d’entre vous […] ma tâche actuelle de chef de l’Etat deviendrait impossible et je cesserai aussitôt d’exercer mes fonctions ». Le 27 avril, le « non » l’emporte à 52,41 %, et de Gaulle décide, pour tenir son engagement, de démissionner dès le lendemain.
Une conséquence somme toute logique pour l’historien, car « c’était la réponse démocratique puisque le peuple est un souverain dans la Constitution de la Ve République. Et puis, pour de Gaulle, la cohabitation n’était pas envisageable. Pas plus que d’être désavoué par un référendum et de rester quand même au pouvoir ».
« La position de Macron deviendrait intenable »
Si le Général de Gaulle n’a pas hésité, tout au long de son deuxième mandat, à utiliser le référendum pour laisser la voix aux citoyens français, il n’en est pas de même pour ceux qui lui ont succédé. « Le dernier a l’avoir utilisé, c’est Jacques Chirac, pour le traité établissant une Constitution pour l’Europe, en mai 2005 », se souvient Eric Chiaradia. Un vote qui s’est soldé, là encore, par un « non » voté à 54,68 %.
Si depuis son arrivée à l’Elysée en 2017, Emmanuel Macron a mentionné plusieurs fois la possibilité de passer par un référendum sur de multiples sujets, il n’a encore jamais sauté le pas. Pourtant, lors d’un discours donné le 21 octobre depuis la Slovénie où il était en déplacement, il a évoqué la possibilité de recueillir le vote direct des Français sur la réforme tant controversée des retraites. « Les perspectives de référendum sont possibles, mais encore faut-il qu’on sache sur quoi », a-t-il déclaré, expliquant que la question ne saurait se poser sur « un accord qui serait ainsi scellé ».
De la poudre aux yeux ? « Selon moi, ça ne se produira pas, car étant donné la situation politique actuelle, la position de Macron deviendrait intenable. Et vous vous doutez bien, quelle que soit la question posée, que la réponse serait un ''non'' sur beaucoup de choses », estime, pour sa part, Eric Chiaradia.
