Le remplacement des enseignants absents s’est-il amélioré comme l'affirme le ministre de l'Education nationale ?
Publié le lundi 20 juillet 2026 à 14:46

Malgré la promesse des absences d'enseignants remplacées, les élèves du second degré ont manqué 7,4 % de temps d’apprentissage, selon un rapport du Sénat de 2025.
(Bertrand Guay / AFP)
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A.-L.B.
Alors que le ministre de l’Education a annoncé qu’à la rentrée 2026 il y aurait « assez de professeurs » pour remédier au manque d’effectifs, la question des remplacements des enseignants absents représente un enjeu majeur du système
Le ministre de l’Education nationale a affiché sa satisfaction, ce jeudi sur RMC-BFMTV, affirmant que « nous aurons assez de professeurs » à la rentrée 2026. Assez, selon Édouard Geffray, pour briser les pénuries chroniques d’enseignants. Il a cependant ajouté : « Garantir que tel ou tel professeur n’est pas absent, et bien remplacé dans les deux heures, […] ce serait mentir, que de le dire. »
Car là est le problème. Les enseignants sont de moins en moins remplacés, selon plusieurs des rapports du Sénat, de la Cour des comptes, du ministère de l’Education nationale et des syndicats. Ces absences représentent un enjeu majeur du système éducatif, quand « l’éducation est la première priorité nationale », selon le Code de l’éducation.
FAKE OFF
Le tableau des absences non remplacées s’est globalement dégradé ces dernières années. Entre 2018 et 2024, ce nombre a augmenté de + 49 % en classes maternelles et élémentaires, et de + 93,2 % aux collèges et lycées, selon un rapport du Sénat de juin 2025. En moyenne, une classe du primaire a perdu 2,2 % de son temps d’apprentissage sur l’année, et 7,4 % dans le second degré.
Alors que le ministère de l’Éducation nationale s’est fixé pour objectif d’assurer 36 % des remplacements pour les absences de courte durée en 2024-2025, ce taux n’a atteint, dans les faits, que 11,7 %. Et du côté des remplacements des absences de longue durée, pour des congés maladie ou maternité, ce chiffre a été de 94,3 %, contre 97 % en 2018-2019, selon un rapport de la Cour des comptes de décembre 2025.
Quelles sont les raisons principales de ces absences ?
Les absences des enseignants sont, en premier lieu, liées à des raisons de santé. Les congés maladie ont progressé de 41,3 % de 2018-2019 à 2023-2024, et les temps partiels thérapeutiques ont explosé (+ 250 %), selon les experts de la rue Cambon.
Des congés maladie qui ne sont pas le propre des profs. « La hausse des absences pour raisons de santé correspond à une évolution globale de la société », relève le rapport du sénateur de l’Oise Olivier Paccaud, qui précise que les enseignants sont 13 % moins absents que les salariés du secteur privé.
Pour l’année 2024-2025, chez les enseignants du second degré public, les principaux motifs d’absence de courte durée ont été la santé (29,3 %), les obligations institutionnelles (formation, concours, réunions pédagogiques, 15,5 %), les actions éducatives (voyages et projets pédagogiques, 15 %), et les « autres congés », comme les congés mobilités, bonifiés, annuels, administratifs et récupérations (12,7 %). Mécaniquement, la hausse de ces absences « a accru les besoins de remplacement de 15 % depuis 2018-2019 et mis sous tension les viviers de remplaçants disponibles », pointe ce rapport.
Pourquoi n’arrive-t-on pas à remplacer ?
Plusieurs raisons expliquent ces absences non remplacées. Il y a des « difficultés durables » de recrutement, soulignées par la Cour des comptes, liées au manque d’attractivité du métier d’enseignant.
Par ailleurs, des remplaçants peuvent être placés à des postes vacants à l’année, et ne sont plus disponibles pour reprendre la classe d’un collègue qui s’absente ponctuellement.
Enfin, les moyens budgétaires alloués à l’année à chaque académie par le ministère de l’Éducation nationale peuvent expliquer de nombreux non-remplacements. Selon l’institution, des absences de longue durée ne sont parfois pas remplacées, non pas du fait d’un défaut de candidats, mais parce que les moyens alloués ne sont pas suffisants. Comme l’a rapporté le secrétariat général de l’Enseignement catholique, des recours ont été formés auprès de l’académie de Créteil après que 600 heures de cours n’ont pas été remplacées depuis la rentrée de 2025, alors les enseignants suppléants nécessaires étaient disponibles.
Quelles sont les pistes d’amélioration envisagées ?
Pour remédier à ces absences non remplacées, les experts ont formulé plusieurs recommandations. Parmi elles, la réduction des absences institutionnelles des enseignants, ou encore le déploiement d’un outil informatique national pour la gestion du remplacement de longue durée. Ils préconisent enfin d’instaurer une procédure-type obligatoire pour que les établissements communiquent mieux avec les parents à propos de ces heures non assurées, et les solutions de rattrapage.
