22 500 enfants ont-ils été vaccinés "sans autorisation", comme l'affirme Martine Wonner ?


22 500 enfants ont-ils été vaccinés "sans autorisation", comme l'affirme Martine Wonner ?

Publié le mardi 4 janvier 2022 à 17:21

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(AFP / Sébastien Bozon)

Auteur(s)

Anaïs Condomines

Au 20 décembre, avant l’ouverture de la vaccination aux moins de 12 ans, près de 30 000 enfants avaient reçu au moins une dose de vaccin. Ces cas correspondent à des exceptions, principalement pour raisons de santé.

Question posée par Louis, le 3 janvier.

Bonjour,

Votre question fait référence à l’intervention de la députée Martine Wonner à l’Assemblée nationale, lundi. Lors d’une passe d’armes avec le ministre de la Santé, Olivier Véran, elle a argué que «sans aucune autorisation, en France, 22 500 enfants ont été vaccinés, des tout-petits, à partir du mois d’avril 2021. Pour quelle raison monsieur le ministre ? Vous dites que je raconte n’importe quoi, mais vous vaccinez sans autorisation. C’est absolument honteux !»

Sollicitée par CheckNews, Martine Wonner, députée ex-LREM et désormais tête de proue du mouvement contestataire de la politique sanitaire du gouvernement, nous renvoie vers un article du Monde, en date du 23 novembre, afin d’appuyer ses dires.

Cet article constate que plusieurs milliers d’enfants de moins de 12 ans en France ont été vaccinés en France. Et ce, avant l’ouverture officielle de la campagne vaccinale aux 5-11 ans, actée le 22 décembre. Mais aussi avant que la Haute Autorité de santé (HAS) ne recommande, fin novembre, la vaccination des «enfants fragiles» de 5 à 11 ans.

Des enfants de 10 et 11 ans majoritairement vaccinés

Ainsi, d’après les données Santé publique France relayées par le Monde, 22 591 enfants avaient reçu au moins une dose de vaccin au 18 novembre. Parmi eux, 17 199 jeunes de moins de 12 ans étaient complètement vaccinés et 110 avaient déjà obtenu une dose de rappel.

Des données encore marginales à l’époque, à mettre en perspective avec les 50 millions de personnes qui étaient déjà complètement vaccinées en France. A noter qu’entre la publication de l’article du Monde et l’ouverture de la vaccination aux moins de 12 ans quatre semaines plus tard, environ 5 000 enfants supplémentaires ont été vaccinés, portant à environ 30 000 le nombre de jeunes de cette tranche d’âge à avoir reçu au moins une injection, sans être éligibles.

Ces vaccinations ont concerné en majorité des enfants de 10 et 11 ans. Au 20 décembre, le nombre d’enfants vaccinés était de 20 356 pour les 10-11 ans (68,5 % du total), 3 987 pour les 5-9 ans (13,5 %). Le reste, (5 332, soit 18 % du total) concerne les 0-4 ans, qui ne sont toujours pas éligibles à la vaccination.

Des greffés cardiaques, en dialyse ou immunodéprimés

Chez les 10-11 ans, majoritaires donc, on observe un décollage du nombre de vaccination autour du mois de juin, quand sont publiées les recommandations de la Haute Autorité de santé (le 3 juin) préconisant la vaccination des 12-15 ans (d’abord pour les plus fragiles, ensuite pour tous les adolescents en bonne santé), suivies de l’autorisation de la vaccination pour les 12-17 ans (le 15 juin). Dans certains cas, il s’agirait d’une anticipation de quelques mois sur les nouvelles règles en vigueur.

Si Martine Wonner, dans son intervention à l’Assemblée, a plusieurs fois demandé à Olivier Véran «pour quelles raisons» des enfants avaient ainsi été vaccinés sans autorisation, l’article du Monde auquel elle se référait apportait pourtant des réponses. Alors que l’Académie de médecine a attendu le 15 novembre pour recommander de vacciner les enfants présentant des comorbidités ou vivant dans l’entourage de personnes très fragiles, certains médecins ont pris cette initiative plus tôt. «Faute d’une autorisation pour vacciner les moins de 12 ans, certains pédiatres ont pris la responsabilité, après concertation avec les parents, d’immuniser leurs jeunes patients les plus susceptibles de faire une forme grave de la maladie», rapportait le Monde.

Les enfants greffés cardiaques, en dialyse ou en déficience immunitaire ont ainsi été vaccinés. La présidente de la Société française de pédiatrie, Christèle Gras-Le Guen, affirme ainsi dans cet article que «dans le cas de porteurs de maladies chroniques, le débat sur la balance bénéfices-risques chez l’enfant ne tient plus, puisque le bénéfice est largement supérieur aux effets secondaires du vaccin. Ces enfants ont été vaccinés sans hésitation».

Entourage d’une personne très vulnérable

Interrogé par CheckNews, le professeur Romain Basmaci, chef de service en pédiatrie à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes et membre de la société française de pédiatrie, assure que cette responsabilité de vacciner hors AMM (autorisation de mise sur le marché) peut en effet être prise en toute légalité par les médecins : «Il est possible que des médicaments soient administrés ‘hors AMM’ selon l’avis des médecins spécialistes. Cette décision est le plus souvent fondée sur des données de littérature, des avis de sociétés savantes ou des avis d’experts pluriprofessionnels. Dans ces cas, les patients/parents sont informés que l’administration du médicament est proposée ‘hors AMM’». Dans ces cas précisle médecin prend la responsabilité de vacciner sur la base d’un risque identifié. C’est dans ce cadre que certains enfants de moins de 5 ans continuent exceptionnellement d’être vaccinés en France.

Une autre catégorie de moins de 12 ans a pu bénéficier de ce statut d’exception avant le 22 décembre, il s’agit des enfants présents dans l’entourage d’une personne très vulnérable.

Dans sa recommandation publiée le 30 novembre, la HAS évoquait ces cas de figure et recommandait la poursuite de telles vaccinations : «Conformément à la stratégie dite “de cocooning” déjà recommandée par la HAS et pour le bénéfice indirect que la vaccination apporte, il est préconisé de vacciner les enfants de 5 à 11 ans vivant dans l’entourage de personnes immunodéprimées ou celui de personnes vulnérables non protégées par la vaccination.»

L’extension de la vaccination a donc été étendue aux enfants de moins de 12 ans en bonne santé le 22 décembre. On comptait au 2 janvier 66 300 enfants vaccinés en France.

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