VRAI OU FAUX. Gabriel Attal, candidat à l'élection présidentielle 2027, a-t-il le droit de promouvoir sa candidature un verre d'alcool à la main ?


Publié le lundi 21 septembre 2026 à 15:33

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Le candidat à l'élection présidentielle Gabriel Attal à Quimper (Finistère), le 23 juillet 2026.
 

(FRED TANNEAU / AFP)

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Florence Morel - franceinfo - France Télévisions

Le député Renaissance a publié une vidéo sur ses réseaux sociaux, se mettant en scène dans un bistrot, avec un grand verre de bière.

"Santé !", trinque Gabriel Attal, accoudé sur le zinc. Dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux, lundi 7 septembre, le candidat Renaissance à l'élection présidentielle a présenté son opération "1 000 bistrots", durant laquelle il compte aller à la rencontre des Français "tout au long du mois de septembre" dans des cafés et des bars. "Une campagne présidentielle, c'est des grands meetings, des grands moments, mais je veux aussi que ce soit des moments comme celui-là : une table, un verre, des discussions en toute simplicité", énumère l'ancien Premier ministre.

La vidéo, visionnée à trois millions de reprises sur X, n'a pas manqué de faire réagir. "Monsieur Attal, j'ai été sidéré de vous voir dans votre vidéo avec une bière à la main. (...) L'alcool est une drogue puissante, addictive, qui cause 50 000 morts par an en France", l'interpelle le psychiatre Hugo Baup sur Instagram. "Ce clip est une honte", tance de son côté le député La France insoumise Antoine Léaument sur X, rappelant que l'alcool "est impliqué dans 40% des cas de violences conjugales" et "près de 30% des accidents mortels de la route".

"On avait pourtant interdit la promotion de l'alcool chez les influenceurs…", regrette sur X le député socialiste du Calvados, Arthur Delaporte. Qu'en est-il pour un candidat à l'élection présidentielle ? Gabriel Attal a-t-il le droit de poser avec un verre d'alcool à la main ? Franceinfo démêle le vrai du faux.

Dans cette vidéo, Gabriel Attal ne promeut pas directement la bière qu'il a entre les mains et il ne fait pas non plus la promotion de la consommation de boisson alcoolisée. Toutefois, depuis 1991, la communication autour de l'alcool est strictement encadrée par la loi Evin, qui a été retranscrite dans le Code de la santé publique. Sa publicité est autorisée uniquement dans certains cas décrits par la loi : par exemple, "dans la presse écrite à l'exclusion des publications destinées à la jeunesse", lors de "fêtes et foires traditionnelles consacrées à des boissons alcooliques locales" ou encore "sous forme d'affichettes et d'objets à l'intérieur des lieux de vente à caractère spécialisé".

La publicité pour l'alcool est légale mais très encadrée

Cette loi "pose la question de la publicité et de la propagande pour une boisson alcoolique", souligne l'avocat spécialiste du droit des boissons alcooliques Benjamin Gourvez. Cette notion de "propagande" vise "tout discours visant à promouvoir toute boisson alcoolique, indépendamment d'un objectif commercial", détaille l'avocat, qui cite l'article L3323-3 du Code de la santé publique.

Selon ce texte, la publicité pour l'alcool "est considérée comme propagande ou publicité indirecte" quand elle se fait "en faveur d'un organisme, d'un service, d'une activité, d'un produit ou d'un article autre qu'une boisson alcoolique qui, par son graphisme, sa présentation, l'utilisation d'une dénomination, d'une marque, d'un emblème publicitaire ou d'un autre signe distinctif, rappelle une boisson alcoolique". Autrement dit, pas besoin de citer une marque d'alcool ou d'inciter directement son public à en consommer pour en faire la publicité.

Dans la vidéo de Gabriel Attal, le fait que le candidat pose avec un verre de bière, dont on peut lire la marque 1664 sur le verre, en promouvant la convivialité des bistrots, "pourrait même représenter de la publicité directe pour une boisson alcoolique", explique l'avocat. "Il aurait été plus opportun que ce soit un café ou une limonade", estime-t-il. C'est d'ailleurs ce qu'avait souligné la Cour de cassation en 2004, en condamnant un éditeur de presse automobile pour avoir publié des photos de podiums de Formule 1 avec des marques d'alcool derrière les pilotes. "Sous prétexte d'illustrer un article journalistique concernant le Grand Prix de Formule 1 d'Australie", cette publication "est l'occasion d'une publicité indirecte en faveur des boissons alcooliques", avaient conclu les magistrats.

Un message de prévention nécessaire sous les vidéos mentionnant de l'alcool

En outre, l'article L3323-4 stipule que "toute publicité en faveur de boissons alcooliques, à l'exception des circulaires commerciales destinées aux personnes agissant à titre professionnel, doit être assortie d'un message de caractère sanitaire précisant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé". Ce qui n'est pas le cas de la vidéo publiée par Gabriel Attal.

Interrogée, l'équipe du candidat Renaissance se défend de promouvoir l'alcool. "C'est une fausse polémique", balaie Prisca Thevenot, qui occupe le poste de directrice de la mobilisation et des territoires de la campagne de l'ex-Premier ministre. "Est-ce que parler de bistrot et de convivialité incite les gens à boire jusqu'à plus soif ? Un bistrot est un lieu de convivialité, dans lequel on boit de tout, des cafés comme des verres d'eau", assure la députée Renaissance des Hauts-de-Seine.

"Ce n'est pas une question de prohibition, mais juste de ne pas donner envie à des personnes de consommer de l'alcool. Ce genre de vidéo normalise la consommation d'alcool", regrette Franck Lecas, responsable juridique à l'association Addictions France, engagée contre la promotion des boissons alcoolisées, notamment sur les réseaux sociaux. En outre, rappelle-t-il, "toute publication de contenu sur le tabac et l'alcool qui ne respecterait pas la loi est sujette à des poursuites pénales". En effet, les infractions aux articles précédemment mentionnés "sont punies de 75 000 euros d'amende", selon le Code de la santé publique. Pour l'heure, l'association ne compte pas poursuivre Gabriel Attal en justice. "Mais notre rôle est, a minima, de l'interpeller", souligne Franck Lecas.