Non, le Gardasil, un vaccin contre les papillomavirus, ne contient pas de mort au rat


Non, le Gardasil, un vaccin contre les papillomavirus, ne contient pas de mort au rat

Publié le mardi 28 novembre 2023 à 10:35

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Auteur(s)

AFP France

Le gouvernement a lancé à l'automne 2023 une campagne nationale de vaccination contre les papillomavirus (ou HPV), les virus qui peuvent être à l'origine de cancers génitaux - dont les cancers du col de l'utérus - et de cancers ORL. La vaccination est recommandée pour les filles et les garçons  à partir de 11 ans, et proposée à tous les collégiens en classe de 5ème. Cette campagne s’inscrit dans un climat de défiance vaccinale. Dans ce contexte, une vidéo de 2016 présentant le Gardasil comme inefficace et dangereux car il contiendrait de "la mort au rat" refait surface. Mais cette allégation est fausse. Le Gardasil ne contient pas de raticide et n'a pas provoqué des centaines de morts comme le prétend l'auteur de la vidéo.

"La preuve que ce vaccin sert à quelque chose n’a jamais été apportée", affirme Christian Tal Schaller dans cette vidéo publiée sur la boucle Télégram "La Vérité Diffusée" et visionnée environ 20.000 fois depuis le 11 octobre. Cette vidéo circule aussi sur Facebook et sur Twitter.

Il s'agit en fait d'un extrait de 3 minutes d'une vidéo de 21 minutes, publiée en 2016 sur Facebook, et partagée à plusieurs milliers de reprises depuis. Dans son intégralité, la vidéo évoquait les vaccins en général.

Adepte de l'"urinothérapie", le Dr Tal Schaller, dont les allégations pseudo-scientifiques trompeuses ont déjà fait l'objet de vérifications de la part de l'AFP Factuel, est un ancien médecin déchu de ses droits d’exercer.

Dans l'extrait de sa vidéo sur les vaccins qui recircule en ce moment, il affirme aussi que des "dizaines et des centaines" de jeunes filles "sont mortes ou transformées en légumes à 12, 13, 14 ans" à cause du Gardasil car ce vaccin contiendrait de "la mort aux rats"

Toutefois,  comme nous allons le voir, ces allégations sont fausses. 

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Capture d'écran de Facebook le 27 novembre

 

Pas de "mort au rat" dans le Gardasil

Dans sa vidéo, Tal Schaller affirme que "l’excipient" du Gardasil, "c’est la mort au rat". Les excipients sont des stabilisateurs "indispensables à la fabrication des médicaments et des vaccins", explique Françoise Salvadori (archive), docteure en immunologie et virologie, interrogée le 15 novembre 2023 par l'AFP.

Lorsque l’on regarde la composition du Gardasil (archive), il n’y aucune référence à un raticide.

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Capture d'écran de la fiche Vidal du Gardasil faite le 27 novembre 2023

 

Pas de toxicité des excipients...

Cette allégation circule depuis 2008 sur internet. En 2013, elle a fait l’objet d’une pétition selon laquelle le vaccin contiendrait "du borate de sodium, utilisé dans la mort aux rats car toxique pour le système nerveux" et "du polysorbate, utilisé comme stérilisant chez les souris".

Mais si le Gardasil contient bien des ingrédients également présents dans les raticides, ça ne veut pas dire que le vaccin contient de la mort aux rats.

Le borate de sodium a "une toxicité particulière pour des insectes nuisibles" puisqu’il peut détruire leur système digestif, explique Françoise Salvadori. Mais "dans le Gardasil, la quantité est trop faible pour le rendre toxique".

Des bains de bouche contiennent du borate de sodium par exemple, ou encore des solutions ophtalmiques. D’après le gouvernement (archive), la dose à ne pas dépasser chez l’homme est de "0,2 milligramme de Bore/kg/jour" (le Bore étant un composant du borate de sodium). Soit environ 7 milligrammes / jour pour un adolescent de 35 kg. Une dose de Gardasil n’en contient que 0,0042 milligrammes.

Quant au polysorbate 80, un stabilisant utilisé notamment en pâtisserie, ou dans des produits laitiers, Françoise Salvadori explique que selon les doses reçues, il peut être toxique pour le cerveau car "il peut passer du sang au cerveau". Mais "ce passage n’a lieu que pour des doses de 3 à 30 milligrammes / kg".

Donc pour un individu de 35 kg, c’est 105 à 1050 milligrammes / kg. "La quantité trouvée dans le Gardasil, 0,05 milligramme, est très inférieure". 

 ... ni des adjuvants

Dans sa vidéo, Christian Tal Schaller évoque aussi les "adjuvants" du Gardasil, qui seraient également de la "mort au rat".

Comme le rappelle la biologiste Christiane Mougin (archive) - également membre de Centre National de Référence du Papillomavirus-, interrogée le 13 novembre, les adjuvants ont pour but d'améliorer la réponse immunitaire, de la rendre "plus précoce, plus forte et à plus long terme". 

Il y a un adjuvant aluminique (de l’aluminium) dans le Gardasil mais la quantité présente dans ce dernier le rend inoffensif pour l’homme.

D’une part, nous ingérons bien plus d’aluminium en mangeant certains aliments comme les crustacés, le pain ou encore le thé, qu’en injectant un vaccin contenant de l’aluminium.

Christiane Mougin, explique: "à 60 ans, nous avons absorbé jusqu’à 820 fois plus d’aluminium par l’alimentation que par les vaccins reçus au cours de notre vie". Le peu d'aluminium contenu dans un vaccin n’aura donc pas d’incidence sur notre organisme.

Une affirmation confirmée par le Haut Conseil de la santé publique dans un avis rendu en 2013 (archive): "Les données scientifiques ne permettent pas de remettre en cause la sécurité des vaccins contenant de l'aluminium" . En 2016, l’Académie nationale de pharmacie (archive) complète : "les études réalisées à ce jour ne fournissent aucune preuve de toxicité neurologique imputable à l’aluminium de l’alimentation ou des vaccins"

La présence d'aluminium dans les vaccins est sujet à de fausses allégations sur la dangerosité de ces derniers depuis des décennies. L'AFP a déjà démonté des affirmations erronées sur ce sujet, comme ici ou ici. Comme l'explique l'Académie de pharmacie dans son Rapport sur les adjuvants alumniques de 2016, "l’aluminium sous forme d’hydroxyde ou de phosphate a été le premier adjuvant breveté dans les années 1920" : il est donc étudié sous toutes les coutures depuis des décennies, avec des centaines de millions de doses injectées, de quoi avoir un recul sanitaire conséquent.

Le Gardasil, un vaccin efficace

Contrairement à ce qu'affirme M. Tal Schaller, les vaccins contre les papillomavirus ont fait la preuve de leur utilité, et notamment le Gardasil, mis sur le marché en 2006. 

1) Le vaccin diminue la circulation des papillomavirus humain (ou HPV). Une étude publiée dans The Journal of Infectious Diseases en 2019 (archive) s’est intéressée à la prévalence de certains virus HPV chez les femmes âgées de 18 à 24 ans, avant et après la vaccination contre les papillomavirus. En Australie, en 2015, soit 9 ans après le début de la vaccination, les infections HPV couvertes par le vaccin ont baissé de 93%. 

2) Le vaccin diminue les lésions précancéreuses qui auraient pu se développer en cancer. En 2021, la revue médicale The Lancet publie une étude (archive) réalisée sur 13,7 millions de jeunes filles vaccinées avec le Cervarix (autre vaccin contre les HPV). Chez ces femmes, on observe une diminution très significative de l’incidence des lésions précancéreuses (2 cas pour 10 000 femmes vaccinées, versus 164 pour 10 000 femmes non vaccinées). 

3) Le vaccin diminue le risque de développer des cancers du col de l'utérus. Cette même étude montre que les jeunes filles de 12-13 ans vaccinées ont un risque réduit de 87% de développer un cancer du col de l’utérus par rapport aux jeunes filles du même âge non vaccinées. 

Cependant, le Dr Quentin Lepiller - virologue au Centre National de Référence du Papillomavirus (archive), rappelle le 10 novembre: "le vaccin ne couvre pas tous les papillomavirus à haut risque". Il en couvre 7 types (soit 90% des HPV impliqués dans les cancers), d’où la nécessité de réaliser des dépistages dès l’âge de 25 ans.

Pas de sur-risque de réactions auto-immunes

Comme tous les vaccins, le Gardasil peut entraîner des effets indésirables. Ces effets ont nourri un climat de défiance autour du vaccin, qui s’est amplifié fin octobre, à la suite de la chute mortelle d’un collégien qui a fait un malaise après avoir reçu une injection de Gardasil.

L'autopsie de l'adolescent a confirmé que "le décès du jeune homme est consécutif à un traumatisme crânio-cérébral" dû à sa chute, avait révélé le procureur de la République de Nantes. Une enquête de l'Agence régionale de santé a quant à elle conclu qu'il n'y avait pas eu "de dysfonctionnement sur l’organisation de la campagne de vaccination, sur la préparation du Centre fédératif prévention dépistage (CFPD 44), (...) ou sur le circuit de distribution et de mise à disposition des vaccins qui aurait été la cause de l’accident ayant conduit au décès du jeune garçon".

Les effets indésirables suivant l'administration du Gardasil sont référencés par l’Agence européenne du médicament (archive): 

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Capture d'écran du site de l'Agence européenne du médicament en novembre

 

Avec le Gardasil, explique le Dr Quentin Lepiller, les effets secondaires les plus fréquents sont des "syndromes pseudos-grippaux dans les heures qui suivent" l'injection, comme la fièvre ou la fatigue, et plus rarement des réactions allergiques dans les minutes qui suivent la vaccination. Très rarement, "dans les semaines qui suivent, il y a un risque théorique de réactions auto-immunes", ajoute-t-il. C'est ce troisième type de réactions qui "fait peur au grand public", indique le virologue. Cette peur est alimentée par le Dr Tal Schaller qui évoque le cas de jeunes filles "mortes ou transformées en légumes" et partagée par d’autres internautes qui accusent le vaccin de déclencher des syndromes de Guillain-Barré (maladie auto-immune qui attaque le système nerveux).

Pourtant, "on est incapables de relier la cause d’une maladie auto-immune à un facteur déclencheur", explique-t-il aussi. "Il est impossible de savoir si le syndrome de Guillain-Barré est lié à une grippe que le patient a contractée quelques semaines avant ses symptômes ou au vaccin que le patient a reçu".

Par ailleurs, une étude (archive) répertoriant 28 millions de doses de Gardasil injectées entre 2014 et 2017 dénombre 4 cas de syndromes de Guillain-Barré. C’est très inférieur aux taux attendus, de "2 à 3 syndromes de Guillain-Barré pour 100.000 habitants par an", explique le Professeur Lepiller. 

L'AFP a déjà démystifié à plusieurs reprises de fausses affirmations concernant le vaccin contre le papillomavirus, et notamment, une infox que reprend à son compte le Dr Tal Schaller, selon laquelle "le Japon l'a interdit".

Comme l'AFP Factuel l'a démontré en juillet, si le Japon a un temps suspendu sa campagne de vaccination, elle a été relancée en avril 2022.
 

Cet article a été écrit par Enza Benocci, étudiante en M1 à l'Ecole de journalisme de Sciences Po, sous la supervision de Juliette Mansour & Grégoire Lemarchand.

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