Le "sémio-check", nouvel outil contre la désinformation


La désinformation utilise souvent des images pour accréditer des contenus trompeurs et manipulateurs. En conséquence, les fact-checks présentent souvent une analyse où la vérification des images est cruciale pour établir le caractère mensonger d’un contenu. A partir de ce constat, l’équipe du CARISM investie dans le projet DE FACTO a décidé de proposer un dispositif pédagogique entièrement dédié à la désinformation par l’image, afin d’identifier les manières de tromper par des visuels trafiqués, fabriqués, tronqués. Quels procédés sémiotiques sont à l’œuvre pour fabriquer de l’infox visuelle ? C’est pour répondre à cette question et aider chacun à prendre conscience des techniques de manipulation, que nous avons mis au point une méthode décortiquant la désinformation en images, que nous nommons donc “sémio-check”. C’est à nos yeux un complément d’approche par rapport aux fact-checks classiques.

Le sémio-check, qu'est-ce que c'est ?

Un outil pédagogique pour analyser la désinformation par ses images, en combinant les outils journalistiques du fact checking et les outils académiques de l’analyse d’images et de la sémiotique.

Quelles images ont été choisies ?

20 images ont été choisies pour incarner une variété de thématiques (vie politique, environnement, conflit armé, people...), de zones géographiques, de méthodes de désinformation (propagande, fabrique d’ignorance, théorie du complot...) et de procédés (montage, contenu généré par IA, décontextualisation). Vous pourrez donc y voir, au fil des semaines, des cerfs, des canards et des baleines, Donald Trump, Volodymyr Zelenski ou Kate Middleton, le panneau « Hollywood » ou la Tour Eiffel en feu, des drones ou des géants. Elles seront publiées régulièrement avec leur fiche explicative sur le site DE FACTO.

Quel est le procédé ?

Chaque sémio-check se présente comme un dézoom progressif – proposant d’avancer dans une analyse sémiotique des images, du plan serré avec son contexte immédiat au plan élargi avec une mise en perspective globale : du plus empirique et descriptif au plus analytique et interprétatif.

Quel est l’objectif ?

Une plongée dans l’analyse de la rhétorique visuelle de la désinformation. Si toute image est par définition fabriquée, la désinformation s’arme de supports visuels qu’il nous appartient d’analyser pour en exposer les ressorts les plus saillants. Pour ce faire, le sémio-check suit une approche graduelle : il fournit d’abord les clés pour analyser les images, tant sur le plan technique que sémiologique, avant d’orienter l’analyse vers les procédés argumentatifs, cognitifs et affectifs au service de la désinformation par l’image. Comment l’image cherche-t-elle à paraître authentique, à susciter l’adhésion et à se diffuser tout en produisant du faux ?

Le sémio-check, ça vient d’où ?

Le sémio-check a été élaboré par trois chercheurs (Arnaud Mercier, professeur à l’Université Panthéon-Assas ; Laura Verquere, maîtresse de conférences à l’Université de Lille et Flore Di Sciullo, docteure en sciences de l’information et de la communication, chercheuse associée au CARISM) en coopération avec le journaliste de l’Agence France-Presse Denis Teyssou.

Et comment on procède ?

L’analyse suit donc trois étapes.

  • Partie 1 - Contexte de production et de diffusion de l’image. L’analyse débute par une contextualisation factuelle de l’image à deux niveaux : son contexte de production et son contexte de diffusion. Il s’agit d’insister, dès le départ de l’analyse, sur le fait que l’interprétation est amenée à varier en fonction du contexte.
  • Partie 2 - Description. Dans cette deuxième étape, l’objectif est de rester aussi factuel que possible en décrivant trois types d’éléments qui composent l’image et contribuent à son sens. D’abord, les signes iconiques, qui englobent tous les objets, personnes, les symboles et éléments visibles. Ensuite, les signes linguistiques, regroupant les éléments textuels présents dans ou autour de l’image, comme les légendes. Enfin, les signes plastiques, qui concernent les aspects esthétiques et la construction visuelle de l’image (cadrage, lumière, plan, etc.). Cette description formelle est enrichie par des éléments techniques de fact-checking réalisés par des journalistes sur les conditions de production des images.
  • Partie 3 - Analyse et interprétation de l’image. Quelles sont les visées stratégiques et les intentions de ces images et à quels procédés de désinformation sont-elles associées ? Quelles sont les affects mobilisés ? Enfin, l’image est resituée dans un contexte plus général, celui de nos imaginaires collectifs : comment cette image prend-elle sens, quels récits désinformationnels permet-elle d’illustrer ?