Non, la Federal Aviation Administration n'a pas assoupli le contrôle médical des pilotes à cause des vaccins anti-Covid


Non, la Federal Aviation Administration n'a pas assoupli le contrôle médical des pilotes à cause des vaccins anti-Covid

Publié le lundi 30 janvier 2023 à 12:53

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(AFP)

Auteur(s)

Alexis ORSINI, AFP France

Des publications partagées sur les réseaux sociaux soutiennent que l'agence gouvernementale américaine en charge de l'aviation civile (FAA) a "élargi" l'un des seuils d'électrocardiogramme mesurés chez ses pilotes pour leur permettre de continuer à exercer malgré les problèmes cardiaques dont ils souffriraient à cause des vaccins anti-Covid-19. C'est faux : cette allégation fait une mauvaise interprétation d'une mise à jour apportée par la FAA, en octobre 2022, à son guide médical à destination des médecins de l'aviation. Comme l'indique la FAA à l'AFP, et ainsi qu'en atteste son site web, ce changement avait été annoncé par l'instance fédérale dès 2018, bien avant la pandémie de Covid et la mise sur le marché des vaccins. De plus, ainsi que le soulignent deux cardiologues à l'AFP, le critère de mesure en question, l'intervalle P-R, n'est pas utilisé pour détecter des myocardites, un effet indésirable rare des vaccins, mais des troubles bénins connus sous le nom de blocs atrio-venticulaires de premier degré.

"Après le déploiement du vaccin, la FAA [Federal Aviation Administration, l'agence gouvernementale américaine en charge de l'aviation civile] a secrètement élargi la gamme de paramètres ECG [électrocardiogramme] pour les pilotes afin d'éviter d'être cloués au sol pour voler. Il semble que le vaccin ait causé des lésions cardiaques à au moins 50 millions d'Américains.....", soutiennent des tweets (1, 2) et des publications Facebook (3, 4) relayés depuis le 17 janvier 2023.

Tous ces messages sont illustrés de la capture d'écran d'un article de blog titré : "La FAA a discrètement admis que les électrocardiogrammes des pilotes ne sont plus normaux. Nous devrions être inquiets. Très concerné (sic)". 

deb3215fab6b8010d3f95ac245532b4f8daf31f2-ipad.jpgCapture d'écran réalisée sur Twitter le 26 janvier 2023.

8957c5091d53c1c53417fd2e331fb2072f7600b2-ipad.jpgCapture d'écran réalisée sur Facebook le 26 janvier 2023.

Dans le détail, ce texte, que l'on retrouve sur la plateforme Babafig - ainsi que sur un blog de "ré-information sur la crise sanitaire" - affirme : "Le 24 octobre 2022, la FAA a tranquillement et sans préavis élargi les exigences ECG pour que les pilotes soient aptes à voler. La valeur PR (une mesure de la fonction cardiaque) a jusqu'à présent varié de 0,12 à 0,2. Maintenant, [elle] est de 0,12 à 0,3 et peut-être même plus. C'est un éventail très large qui comprend également les personnes atteintes de lésions cardiaques.

Ce changement, qui aurait été acté "en espérant que personne ne le remarquerait", représenterait un "aveu tacite du gouvernement américain que le vaccin [anti-]COVID a endommagé le cœur de nos pilotes" et a fait "beaucoup de dégâts" au sein de la profession - la fausse rumeur selon laquelle de nombreux pilotes d'avion seraient décédés à cause du vaccin anti-Covid circulant depuis la mise en place de la vaccination obligatoire au sein de différentes compagnies aériennes.  

Cet article est la traduction littérale d'un texte en anglais originellement publié le 17 janvier 2023 par Steve Kirsch, un entrepreneur américain, qui n'est ni médecin, ni expert médical et s'était fait connaître en septembre 2021 pour avoir affirmé, lors d'une réunion publique de l'agence américaine du médicament (FDA), que le vaccin anti-Covid-19 tue plus de personnes qu'il n'en sauve.

5301fb212338f58c4fed168aa077153425fbdc5c-ipad.jpgCapture d'écran réalisée le 26 janvier 2023 sur Substack.

Un changement annoncé dès 2018 par la FAA

La mise à jour en date du 26 octobre 2022 du "Guide pour les médecins de l'aviation" de la FAA (listée publiquement, comme toutes les modifications apportées à ce document, sur le site de l'agence fédérale) a modifié une partie du guide relative "au coeur et aux troubles du rythme cardiaque" pour y différencier les "blocs atrio-ventriculaires de premier degré" (BAV, également connus sous le nom de blocs auriculo-ventriculaires) en "deux catégories" : "avec un intervalle P-R de moins de 300 ms" (millisecondes) et "avec un intervalle P-R de 300 ms ou plus".   

L'intervalle P-R fait partie des différentes mesures réalisées à l'aide d'un électrocardiogramme (ECG), qui permet de surveiller et d'enregistrer les "signaux électriques [de chaque battement de coeur] qui suivent un trajet nerveux spécifique" au sein de cet organe, comme le rappelle sur son site le centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Jointe par l'AFP les 24 et 26 janvier 2023, la FAA indique que ce changement "n'a rien à voir avec les vaccins" et qu'il remonte à 2017, soit bien avant l'épidémie du Covid-19 et la mise sur le marché des vaccins  : "Nous avons changé les critères d'intervalle P-R du bloc atrio-venticulaire en 2017, à la suite de discussions avec nos experts en cardiologie, parmi lesquels se trouvaient des médecins du FAA ainsi que des cardiologues externes. A cette occasion, il a été décidé que nous pouvions augmenter en toute sécurité ce seuil de 200 à 300 ms, sans imposer d'examen complémentaire aux pilotes."

"Nous avons prévenu les médecins de l'aviation de ce changement en 2018 puis en 2019, comme le montre notamment une vidéo à ce sujet mise en ligne en octobre 2018. Avant la mise à jour d'octobre 2022 du Guide pour les médecins de l'aviation, intégrant ce changement de 2017, le Guide ne précisait pas les chiffres requis pour l'intervalle", poursuit la FAA.

efa543e58c11d05fed9de48c518b4a9f2270962a-ipad.jpgCapture d'écran réalisée sur le site de la FAA le 26 janvier 2023. (AFP / ALEXIS ORSINI)

Dès 2019, la FAA avait par ailleurs publié sur son site un visuel sur les électrocardiogrammes, expliquant comment identifier les "variantes normales" d'ECG, visuels à l'appui : "Pourquoi l'évaluation par électrocardiogramme dure-t-elle si longtemps ? De nombreux résultats banals d'ECG montrent des variantes normales, qui ne nécessitent pas qu'un pilote soit ajourné, à moins qu'il n'ait des symptômes ou qu'il y ait une autre cause d'inquiétude.

ece95045314f82309457fb575d62745afeaba4f9-ipad.jpgCapture d'écran prise sur le site de la Federal Aviation Administration (FAA) le 24 janvier 2023.(AFP / ALEXIS ORSINI)

a044d6e3ea8a12878b741ef14b751639205536a8-ipad.jpgCapture d'écran prise sur le site de la Federal Aviation Administration (FAA) le 24 janvier 2023.

Un trouble "bénin"

Comme l'explique à l'AFP le 25 janvier 2023 le professeur Pascal Defaye, président du Groupe de rythmologie et stimulation Cardiaque de la Société Française de Cardiologie : "L’intervalle P-R mesure le temps de conduction depuis les oreillettes du coeur jusqu'aux ventricules."

Joint par l'AFP le 24 janvier 2023, Xavier Jouven, professeur de cardiologie à l’hôpital européen George Pompidou, précise : "L'intervalle P-R normal est entre 0,12 et 0,20, soit 120 et 200 ms. C’est la norme. Quand le PR est légèrement allongé, ce qui peut aller jusqu'à 300 ms, cela correspond à un bloc atrio-venticulaire du premier degré mais ce n'est pas grave du tout, un PR allongé entre 0,20 et 0,30 relève du subnormal."  

Et Pascal Defaye d'ajouter : "Un intervalle P-R  plus allongé témoigne d'un ralentissement plus important dans la conduction entre les oreillettes et les ventricules, mais l'influx n'est pas bloqué, il est simplement ralenti. Certains sportifs ont un PR allongé, entre 220 et 230 ms. Un bloc atrio-venticulaire du premier degré, c'est quelque chose de bénin."

Dans le détail, ainsi que l'indique le site du service de cardiologie du CHUV, un BAV du premier degré ne présente "souvent pas de symptôme et n’est visible que lorsque l’on effectue un électrocardiogramme" alors qu'un BAV du second degré, qui "correspond à une affection plus importante des voies de conduction" amène dans la plupart des cas le patient à ressentir "une diminution du pouls, des pauses dans le rythme cardiaque ou une arythmie (sensation de contraction irrégulière du cœur).

Enfin, le BAV de 3e degré, le plus grave, correspond à l'absence de "transmission entre les oreillettes et les ventricules", pouvant entraîner "une pause très longue, voire l’arrêt complet des battements du cœur, avant qu'il ne reprenne un rythme très lent" et donc, selon sa gravité, une perte de connaissance. "Jusqu’à 300 ms, il s'agit donc d'une personne asymptomatique à surveiller", précise Pascal Defaye. 

Pas de "changement d'incidence dans le nombre de décès de pilotes"

Enfin, l'intervalle P-R n'est pas utilisé pour diagnostiquer une myocardite, une inflammation du muscle cardiaque, qui fait partie des effets indésirables pouvant survenir suite à une vaccination contre le Covid-19 par un vaccin à ARN messager (Pfizer-BioNTech ou Moderna) mais reste un événement "rare, résolutif et apparaissant le plus souvent après la seconde dose de vaccin Moderna chez les hommes jeunes", comme le souligne la Société française de pharmacologie et de thérapeutique, en rappelant que "le risque est de 2,7 cas en excès pour 100 000 doses pour la deuxième dose de vaccin Pfizer-BioNTech et 13,2 cas pour 100 000 doses pour la deuxième de vaccin Moderna, uniquement chez les hommes de moins de 30 ans."

"Quand on souffre d’une myocardite, c’est le ventricule qui est atteint. L’intervalle P-R n’est pas modifié en cas de myocardite", précise à l'AFP Xavier Jouven, tandis que Pascal Defaye abonde : "Les symptômes observés lors d’une myocardite, ce sont de la fièvre, des douleurs inflammatoires, pas un intervalle P-R prolongé". Non sans rappeler que les myocardites, "qui restent exceptionnelles avec le vaccin", guérissent. 

Comme la FAA l'avait par ailleurs expliqué le 17 janvier 2023 à l'AFP, "le médecin aéronautique fédéral de la FAA a pu établir que les pilotes et les contrôleurs aériens peuvent être vaccinés par les vaccins Pfizer, Moderna, Johnson & Johnson ou Novavax en toute sécurité. Nous n'avons observé aucun cas probant d'accident d'avion ou d'incapacité de pilotes dus à des complications médicales liées aux vaccins anti-Covid-19."

Un constat partagé le même jour par l'Association du transport aérien international (IATA) : "Comme l'indique notre conseiller médical, le docteur David Powell, aucune compagnie aérienne ou autre instance n'a fourni à l'IATA la moindre donnée pouvant suggérer un changement d'incidence dans le nombre de décès de pilotes pendant un vol.

27 janvier 2023Ajoute image d'en-tête