Agriculture : 80 % du blé est-il jeté ou brûlé, comme l’a indiqué un sujet du JT de France 2 ? Prudence


Agriculture : 80 % du blé est-il jeté ou brûlé, comme l’a indiqué un sujet du JT de France 2 ? Prudence

Publié le vendredi 23 septembre 2022 à 15:03

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Une moisson des blés dans les plaines céréalières de la Marne, en région Grand Est Berru

(Gutner)

Auteur(s)

Lina Fourneau (20 Minutes)

La chaîne a finalement rectifié l’information lors d’un nouveau JT, ce mardi

« Ce sont des petits brins de blé ça ? » « Oui oui exactement c’est du blé ». Sur le plateau du JT de 13 heures du vendredi 16 septembre, présenté par Julian Bugier, France 2 diffusait un sujet sur « les fournitures écologiques de demain ». Aux manettes de cette chronique, une journaliste y présente, entre autres, une initiative qui a provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’une pochette cartonnée fabriquée à partir de déchets agricoles.

D’après la journaliste, 20 % du blé seulement seraient réellement utilisés. Tout ce qui n’est pas graine, c’est-à-dire « la tige ou les plantes », seraient détruits ou brûlés par les agriculteurs. La marque en question réutilise ces restes et « l’impact environnemental est réduit de moitié », en comparaison à la fabrication de carton classique.

Une belle initiative en somme, qui donnerait presque envie de se procurer cette pochette pour la rentrée. Sauf qu’après la diffusion de cette chronique, de nombreux internautes ont raillé l’ignorance de la chaîne sur le sujet. « Je suis agriculteur, et pour moi, c’est évident que c’est une connerie », évoque un premier. « Le niveau de déconnexion », accuse un deuxième. Mais que devient donc le blé après l’utilisation des grains ? 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

Tout d’abord, il convient de revenir aux racines de cette pochette « Tree Free ». Elle est fabriquée par la marque Jalema, une entreprise de distribution de fournitures de bureau. En février 2022, la marque a d’ailleurs publié une vidéo sur YouTube pour présenter cette pochette avec tous les éléments rapportés par la journaliste de France 2. « Nous cultivons de plus en plus de produits pour l’alimentation tels que le blé, les céréales et le riz. Seuls 20 % sont utilisés pour la production alimentaire, les 80 % restants sont des déchets et sont brûlés. C’est du gaspillage ! »

Nous avons contacté l’entreprise Jalema pour comprendre d’où venaient ces données. Elle nous a renvoyés vers une publication du site de Paperwise, une autre entreprise de matériel écoresponsable. « Lors de la transformation de cultures comme le riz, le blé, l’orge, les céréales, le maïs, le chanvre et la canne à sucre, 80 % de la plante – en l’occurrence les tiges et les feuilles (déchets agricoles) – reste inutilisée », écrit Paperwise et ajoute : « Dans les pays en développement à très faible revenu, des centaines de millions de petits agriculteurs ne reçoivent qu’un revenu pour les aliments qui poussent sur la plante, soit 20 % de la culture ».

Un acte interdit

Le problème, c’est que ces statistiques ne peuvent pas être rattachées à l’agriculture en France. Les 80 % restants ne sont en aucun cas détruits, encore moins brûlés. D’ailleurs, un décret de 2020 lié à la Politique agricole commune (PAC) interdit de brûler les résidus de pailles, de cultures d’oléagineux, de protéagineux et de céréales. « A la moisson, la paille est toujours récupérée pour différents usages », explique l’association interprofessionnelle Intercéréales. On peut la retrouver par exemple en élevage, notamment pour nourrir les animaux, mais aussi comme litière. Cela représente 65 % de son utilisation, selon le Bureau commun des pailles de la filière céréalière.

« Elle peut aussi être laissée dans le champ, un peu comme un engrais, afin de fertiliser le champ pour la culture d’après », souligne l’association Intercéréales, qui estime ce chiffre à 30 % de son utilisation. Usage très minime, le reste de la paille peut également servir dans l’industrie, notamment pour l’isolation. 

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« Un oubli à l’oral »

Lundi, la chaîne France 2 a expliqué, à travers un tweet, que l’erreur s’expliquerait en partie par « un oubli à l’oral lors du direct ». « Lors de sa chronique, la journaliste devait dire dans les pays en voie de développement », justifie la chaîne.

Comme prévu, un rectificatif a été diffusé dans le journal de 13 heures, ce mardi. Au cours de sa chronique « A l’euro près », la journaliste s’est expliqué sur les raisons de cette erreur. « On voulait préciser qu’en France, évidemment, les résidus de culture des agriculteurs étaient bien sûr recyclés de différentes manières. Mais ce n’est pas le cas partout dans le monde », évoque la journaliste. « Rien ne se perd, tout se transforme, c’est bien de le dire », a conclu de son côté Julian Bugier.