Cette vidéo ne montre pas le président du Sénat tentant de fuir le Gabon mais l'arrestation d'un opposant en 2022


Cette vidéo ne montre pas le président du Sénat tentant de fuir le Gabon mais l'arrestation d'un opposant en 2022

Publié le lundi 4 septembre 2023 à 19:09

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SUY Kahofi / Erin FLANAGAN

Une vidéo virale depuis le coup d'État du 30 août au Gabon montre prétendument le président du Sénat arrêté avec des valises d'argent liquide alors qu'il tente de fuir le pays. Attention, ces images ne sont pas récentes : elles ont été tournées en 2022 lors de l'arrestation du leader de l'opposition Guy Nzouba-Ndama.

"Très déplorable le président du senat du Gabon aprehendé avec des valises remplies d'argent (sic)", peut-on lire en légende d'une publication abondamment relayée sur Facebook depuis le 30 août (archivée ici). Les inscriptions suivantes défilent sur la vidéo d'un peu plus de deux minutes : "président du Sénat du Gabon en fuite" puis "rien que des voleurs qui dirige l’Afrique (sic)". Sur les images, on peut voir des hommes en uniforme ouvrir plusieurs valises remplies de liasses de billets entourées de ruban adhésif. Ces billets portent la mention "B.E.A.C". 

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Capture d'écran Facebook effectuée le 4 septembre 2023

 

La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) regroupe six pays d'Afrique centrale, dont le Gabon et la République du Congo (archivé ici). Le franc CFA d’Afrique centrale (XAF) est la monnaie officielle de la BEAC (archivé ici).

Sur la vidéo, on entend un policier donner l'ordre de "fouiller" le contenu des valises. Dans les commentaires, de nombreux internautes expriment leur indignation face au comportement du présumé président du Sénat gabonais. D'autres disent espérer qu'avec l’arrivée de militaires au pouvoir, les Gabonais pourront bénéficier d'une meilleure redistribution des richesses du pays.

Coup d'État au Gabon

Le 30 août, un groupe d'officiers supérieurs de l'armée a annoncé l'annulation des résultats de la récente élection présidentielle au Gabon, qui donnaient vainqueur le président sortant Ali Bongo pour un troisième mandat. L'élection a été entachée d'accusations de fraudes. Durant le scrutin, le gouvernement avait procédé à la coupure d’Internet et imposé un couvre-feu (archivé ici).

La junte gabonaise a nommé le général Brice Oligui Nguema à la tête de la transition et a assigné M. Bongo à résidence. Ce dernier avait été élu président en 2009 après le décès de son père Omar Bongo Ondimba, qui avait dirigé sans partage ce petit Etat riche de son pétrole 42 années durant.

Depuis le coup d'Etat, les télévisions publiques diffusent des images de l'un des fils du président déchu, Noureddin Bongo Valentin, de l'ex-Première dame, sa mère Sylvia, "détenue" arbitrairement et au secret au Gabon selon ses avocats, ainsi que des proches, anciens responsables de la présidence ou du cabinet de Mme Bongo montrés devant des liasses de billets de banque.

Cependant, l'affirmation selon laquelle la vidéo virale sur Facebook montre le président du Sénat fuyant le pays à la suite du coup d'État est fausse. C'est d'ailleurs une femme, Lucie Milebou-Aubusson, qui dirigeait jusqu'alors cette institution.

Une ancienne vidéo

Une recherche par image inversée grâce à l’outil de vérification INVid-WeVerify nous a permis de trouver plusieurs occurrences en lien avec l’arrestation en 2022 de Guy Nzouba-Ndama, un ex-président de l'Assemblée nationale du Gabon devenu un opposant de poids (archivé ici).

L’AFP avait d'ailleurs couvert la polémique provoquée lorsque M. Nzouba-Ndama avait été arrêté près la frontière en rentrant dans son pays après un séjour en République du Congo (archivé ici).

Cette affaire était survenue 10 mois avant la présidentielle d'août 2023 pour laquelle M. Nzouba-Ndama, 76 ans et président 19 années durant de la chambre basse jusqu'en 2016, faisait figure de potentiel candidat.

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Capture d'écran Google effectuée le 4 septembre 2023

 

Après la découverte de plus d'un milliard de francs CFA (1,9 million d'euros) dans ses valises, le leader de l'opposition avait été placé en garde à vue. Il avait ensuite été inculpé pour intelligence avec une puissance étrangère, corruption active et blanchiment de capitaux.

Une Cour d'appel l'avait finalement condamné en décembre 2022 à trois mois de prison avec sursis et 200 millions de francs CFA d'amende pour détention illégale de marchandises prohibées.

L'AFP a vérifié de nombreuses affirmations infondées liées aux récents coups d'Etats en Afrique, notamment au Niger.

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